Il y avait eu d'abord, l'immensité infinie et hostile, comme un grand désert, aride, nu, calciné, ou la seule pensée se tendait vers la survie. Besoins primitifs, chaud, froid, faim, soif, abri, pas des pensées, des pulsions...Survie végétale, attente,
dans les déserts ne poussent que des matières
Piquantes.
Cactus, crotales, scorpions, mygales, pierres coupantes que le gel a visées au c½ur...Infinie petitesse au sein d'une infinie grandeur, tristesse et beauté, solitude...
Avancer, nier la soif qui sèche la langue, craquelle la peau, ride l'âme, rend le pas plus lourd et l'avancée pesante, absolument.
Avancer ?
Pourquoi ?
Pourquoi persister aussi obstinément à mettre un pas devant l'autre, le dos chargé, voûté, sous le poids du ciel et des ans.
Et le sable qui s'enfonce dans un intime crissement, marcher n'est qu'illusion de l'enfoncement.
Oh ! S'allonger au creux le plus intime du sable brûlant, se fondre, se confondre, devenir minéralité à son tour blancheur immaculée du calcium de l'os trop blanc, faire partie de la paix irrévocablement, intégrer la désolation du paysage.
Ne plus lutter.
Accepter
Tomber au sol comme la poupée de chiffon, par l'enfant abandonnée.
Objet futile et délaissé..
Accepter et rester là...
La nuit est tombée, glacée, crissant de silence froid. Les yeux brûlés ne distinguent plus les étoiles qui inscrivent dérisoirement l'avenir dans un noir pesant. Paupières lourdes, si lourdes, souffle lent, la nuit est tombée, comme un couperet, glacé.
Un sursaut, encore, le corps, qui ne meurt pas, ne pas mourir là !
Tout ce chemin alors pour rien ? Avoir tant marché pour tomber vainement, se relever, se relever...
Trébucher encore, les pieds qui rentrent dans le corps.
Douleur, douleur, souffrir est-ce être vivant ?
Corps et c½ur dolent !
Laisser le long du long chemin, objet après objet, souvenir après souvenir, renoncement après renoncement , laisser tout ce à quoi on tient, ne pas se retourner, avancer, avancer seulement.
Le désert a-t-il une lisière ?
Peut-on du jour au lendemain, arriver à la lisière du désert ? un mètre, à peine un pas, et l'herbe et là, poussant grassement, largement, hautement, l'eau ruisselle dans la combe, où l'ombre s'étend voluptueusement.
Le vent léger fait frissonner la peau, des sons suaves s'envolent dans l'air chaud.
Au clocher lointain, une horloge, marque le temps, infiniment, y –t- il tant d'heures, dans le temps ?
Rester là, tout envisager, ne plus bouger, ne pas savoir, ne pas connaître la vérité.
La question hante cependant.
Lisière, oasis ou mirage ?
Mirage ?
Est-ce possible de tant se tromper ? De perdre le sens au point de croire, à un rivage, dans un mirage ?
Leurs couleurs sont-elles si charmantes, leurs odeurs sont-elles si vivantes, qu'on puisse voir la vie, dans une image ?
Oasis ?
Juste pour se reposer ? Reprendre des forces sachant que dans le désert, après, il s'en faudra retourner ?
Où chercher alors, désespéré, le courage qu'il faudra, pour l'affronter ?
Le plus cruel des outrages, donner l'espoir pour torturer.
Alors, du désert, l'improbable lisière ?
Le bonheur fait peur comme un orage.
Essayer de ne pas l'espérer, essayer de ne pas trop y penser. Prendre l'oasis pour la lisière, et tomber ?
A jamais !
Fermer les yeux, rester là, statufié, échapper aux envolées, ne plus rien voir, ne plus rien regarder, ni la plante qui sèche, ni l'oiseau qui tombe, le bec par la soif fendillé ...Ne plus penser. Ne plus penser.
La faim du corps que rien ne parvient à apaiser, d'un corps qui n'est pas fait pour penser, avance, dit le corps avec autorité,
avancer en fermant les yeux, c'est risquer de tomber.
Alors prier ?
Qui ?
Pourquoi ?
Pour dire quoi ?
Supplier les invisibles dieux de, de ne plus attacher à nos v½ux leur courroux offensé ?
Oh ! dieux, laissez moi croire, gardez pour vous vos réalités, vos vérités, vos détestables insanités, je les ai tant revisitées ;
Laisser moi vivre,
et laissez moi aimer.